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10 octobre 2016

Marie Piselli se pose avec Eclat chez Galry, rue de Verneuil

Après avoir exposé tout l’été à Draguignan, Marie Piselli arrive maintenant à Paris, avec son exposition Eclat, destinée à porter un regard neuf sur la notion de l’enfermement.


Marie Piselli.
Une prison, c’est toujours impressionnant. Cela l’est quand elle grouille de ces petites et grandes misères humaines entassées là. Cela l’est sans doute encore davantage quand, désaffectée, elle résonne du vide qui s’installe. C’est comme si, alors, des centaines de fantômes en prenaient possession. On appelle cela l’imagination au pouvoir, la rêverie, comme vous voudrez.
Quand on est artiste, cela donne des idées, forcément. Chez Marie Piselli, tout débute donc quand, en 2014, elle visite l’ancien centre pénitentiaire de Draguignan, sa ville d’origine. Cela fait immédiatement « tilt » dans son esprit : émue par l’âme de ce lieu chargé d’émotions, la plasticienne est en effet convaincue que notre monde contemporain vit une période de mutations, marquée par des « crises » et par un « état d’urgence » profond qui, si l’on veut bien se donner la peine d’un peu d’optimisme, a tout d’une… « renaissance ».

De Hop...e à Eclat

Adepte des onomatopées/jeux de mots, elle imagine alors Hop…e, une exposition destinée à s’installer à la Chapelle de l'Observance, à Draguignan. Hop…e comme « hop, hop, hop, on se bouge » et Hop…e comme « hope », espoir en anglais, vous l’aurez compris… Ode à l’ouverture critique, sur le mode « entrez, n’ayez pas peur, réappropriez-vous l’endroit, il sera ce que vous déciderez qu’il soit », Hop…e, après avoir fait le bonheur des Dracénois jusqu’en juillet dernier, arrive maintenant à Paris, sous le titre de « Eclat », présenté chez Galry, au 41, rue de Verneuil à Paris, jusqu’au 12 novembre 2016.

Fragments de pieds
Avant j'étais une fée...

L’idée est, là encore, d’offrir une porte de sortie vers l’espoir… Plutôt, de la proposer, car tout est subtilement présenté. « J’aime venir chatouiller les émotions des gens, s’amuse Marie Piselli. Qu’ils voient, qu’ils regardent, qu’ils réfléchissent à ce que je leur suggère et, ensuite, suivant leur envie, leur humeur, qu’ils en fassent ce qu’ils veulent, en y portant l’analyse de leur choix. »
Ainsi, parmi les œuvres exposées, outre d’authentiques objets issus du milieu carcéral, pour la première fois autorisés à être montrés au grand public, on trouve par exemple des « fragments de pieds nus »… « Sont-ils les siens (ceux de Marie Piselli, Ndlr), les nôtres à la poursuite de la liberté, ceux des prisonniers, ou encore ceux des migrants ? s’interroge Leila Voight, curatrice de l’exposition Éclat. Marchent-ils sur l’eau ou dans les airs ? » Excellente question que pose Leila Voight. Ces fragments de pieds, sont-ils dans la droite ligne de ceux d’un Cro-Magnonn, comme on en retrouve dans la Grotte Chauvet, auquel cas c’est un formidable signe d’espoir – j’étais là il y a plus de 22.000 ans et, d’une certaine manière, j’y suis toujours – ou sont-ils la dernière trace laissée sur le sable par un pauvre homme suicidaire dont, plus jamais, on ne retrouvera la place. Ce qui est admirable, c’est que c’est à chacun de se faire son opinion. Ce qui l’est plus encore, c’est sans doute que cette opinion sera amené à être modifier à gré des multiples visites que l’on pourra faire. A voir jusqu’au 12 novembre 2016, à Paris.

Eclat
Galry
41, rue de Verneuil
Jusqu'au 12 novembre 2016


22 avril 2016

Les meubles de Napoléon au musée de l'armée

Cela peut paraître anecdotique, mais cela fait quand même son petit effet. Les meubles de Sainte-Hélène, les vrais, sont exposés au musée de l'armée, à Paris. A voir jusqu'au 24 juillet 2016.


Il a dominé l'Europe. Fait trembler de vieux trônes vermoulus. Cela a duré quinze ans. Et puis, patatras, le voilà qui se retrouve exilé à 7500 km de la France, sur une île riquiqui de 122 km². Et du genre hostile, en plus : balayée par les vents, paumée au milieu de l'Atlantique, à 2000 km de l'Afrique, et plus de 5000 de l'Amérique du Sud...
Rajoutez un brin de mesquinerie britonne, avec des geôliers tatillons se refusant de lui donner le titre d'empereur pour ne le traiter qu'en simple général, et comprenez que Napoléon, puisque c'est de lui dont il s'agit, maugrée un peu à Sainte-Hélène. La postérité valait bien quelques années de tourments, cela dit.

Les meubles de Sainte-Hélène à Paris
L'impérial popotin s'est posé ici.


Le musée de l'armée, aux Invalides, s'intéresse justement à cette Conquête de la mémoire avec son Napoléon à Sainte-Hélène. Une jolie pépite pour qui aime la petite histoire. Et une sacrée aubaine à saisir, aussi, car on y trouve exposées les plus belles pièces de Longwood House, rapatriées en France pour restauration. Comme la plupart d'entre nous n'auront jamais l'occasion d'aller là-bas, autant en profiter, non ?
Après, évidemment, il faut être un minimum sentimental et romantique. Capable de s'extasier sur un pauvre fauteuil juste parce que l'impérial popotin s'est posé dessus... On le confesse (sans mauvais jeu de mot, ce n'est pas notre genre) (comment ça, si ?), c'est pile poil notre cas. Bon, sans verser de larmes non plus, faut pas exagérer. Mais la "reconstitution" des salles de la maison fait son petit effet, malgré tout.

Un semblant de vie de cour

Ci-dessus, l'impériale tenue d'intérieur.
Qui n'est pas sans rappeler
Marie-Pierre Casey.
Le buste du roi de Rome, son fils, par exemple. Napoléon le fait venir spécialement à Sainte-Hélène pour adoucir son exil. Il le place en majesté et passe de longs moments à le regarder, mélancolique. Car les journées sont longues là-bas. "Que dire, que faire que ce que l'on a déjà tant de fois dit et fait ?", s'interroge ainsi l'un des pauvres hères qui accompagne l'empereur déchu.
Ils ont pour nom Las Cases, Gourgaud, Bertrand, Montholon ou encore Ali. Ils sont en famille, avec femme et enfants, pour faire paraître, si loin des palais parisiens, un semblant de vie de cour. C'est pathétique à souhait. Souvent ridicule, aussi. Mais c'est ainsi. L'empire demeure. Napoléon règne sur sa maison à défaut de le faire sur l'Europe...

Travailler à la postérité pour tuer le temps

Il met à profit le monotonie des journées pour ressasser son épopée. La coucher sur le papier pour assurer sa gloire à jamais. Las Cases est là pour cela. Il en tirera son fameux Mémorial de Sainte-Hélène. Mais Napoléon ne fait pas que dicter. Ce billard, là, ne lui sert pas à jouer - il déteste ça - mais à déplier ses cartes pour mieux se souvenir de ses batailles. Et puis, parfois, l'inspiration lui vient. Il se jette alors sur tout ce qui peut servir de papier et déroule ses idées, d'une écriture nerveuse : ici, sur cette carte à jouer par exemple.
Mais voilà que, bientôt, la maladie le rattrape. La baignoire est alors son refuge. Là, il trouve un peu d'apaisement. Y reste des heures. Puis le mal s'aggrave, et c'est le lit qui l'attend. Un simple lit de camp, rudimentaire. C'est là qu'il meurt, le 5 mai 1821. Nous sommes un samedi. Il est 17h49. Comme il est de coutume, on arrête la pendule qui se trouve dans sa chambre. Et elle est là, au musée de l'armée, cette pendule. Toujours arrêtée à cette fatidique heure.

Masque mortuaire et pendule arrêtée
L'impérial masque mortuaire.


A côté, le masque mortuaire, effectué dans la foulée. Derrière, le lit. Celui-là même où il est mort. La légende du bonhomme est telle que ce meuble minable est devenu un morceau d'histoire. Il est d'ailleurs fascinant de voir que, même si l'on n'est pas adepte de ce genre de sentimentalisme - je veux dire : on est déjà passé devant la tunique de Saint-Louis, à la cathédrale de Paris, sans entrer spécialement en transe - cela fait son oeuvre. Et assez intensément encore.

Napoléon à Sainte-Hélène, la conquête de la mémoire
Musée de l'armée
Invalides
Jusqu'au 24 juillet 2016

08 décembre 2015

Le Codex Atlanticus de Vinci à la Pinacothèque

Ingénieur avant d'être artiste... ou plutôt ingénieur en même temps qu'artiste (et d'autres choses encore), Léonard de Vinci voit une partie de son Codex Atlanticus exposé à la Pinacothèque. Une exposition à lire autant qu'à voir.


Génie, peut-être, mais bordélique, sûrement. Léonard de Vinci n'a pas beaucoup travaillé à sa propre gloire posthume. Heureusement, d'autres y ont veillé pour lui. Il en va ainsi pour ce que l'on connaît comme son Codex Atlanticus, dont une partie est exposée à la Pinacothèque de Paris.
C'est en effet le fruit d'un immense travail de compilation des oeuvres du maître, effectué un siècle après sa mort par un certain Pompeo Leoni. Gloire lui en soit rendue. Et respect, aussi. Non, parce que bon, tout sauf une sinécure ce boulot.

1119 feuillets en tout

En tout, 1119 feuillets, écrits de 1478 à la mort de Vinci, en 1519. Des feuilles volantes, de tailles diverses, que Leo noircissait au gré de ses inspirations. Comme pour un carnet de notes, en somme. Quitte, d'ailleurs, à utiliser chaque espace libre, quand c'était nécessaire. D'où des croquis laissés à des dates différentes, dans des sens différents : ici un dessin pour l'étude d'un prochain tableau ; là un plan d'architecte pour un pont, un palais, ou une arme quelconque.
Pompeo, on ne va pas trop lui en vouloir, a fait en sorte que tout cela tienne dans un ensemble cohérent. Enfin pas si cohérent que cela, justement... Le pauvre s'y perdait dans la chronologie : il a donc rassemblé tout ça un peu comme ça venait, découpant ici, et collant là, pour faire entrer le tout dans un même volume. Un volume de la taille de ceux que l'on utilisait alors pour la cartographie. D'où le nom, Atlanticus...

Merci Pompeo
Et comme ça, le canal, il débordera plus, ok ?


Pas simple pour les historiens, ensuite. Mais au moins cela a-t-il permis de sauvegarder l'essentiel. Or, finalement, de Vinci, il reste peu... Rien que l'aventure de ces feuillets du Codex tient du petit miracle. A la mort de Vinci, tout cela revient à son disciple Francesco Melzi, qui les garde jusqu'à son propre décès, en 1570. Après, c'est l'hallali. Ses héritiers se contrefoutent de ces bouts de papiers, et commencent la dispersion. C'est là que Pompeo intervient, avec comme but de sauver l'oeuvre du Génie italien.
Grâce à lui, nous pouvons, 500 ans plus tard, admirer tout ça. C'est souvent assez abscons, technique - Vinci en initiateur du dessin industriel avec les plans de ses futures constructions - mais cela reste du Vinci.

De zoulis bonhommes pour bien expliquer tout.
Manuel d'ingénierie

Ici, il est bien plus question d'architecture et d'ingénierie que d'art pictural. Beaucoup d'armes, dans le lot. C'est qu'on aimait la guerre, à l'époque... De jolis plans de catapultes, avec quand même de petits bonhommes rigolos pour humaniser tout ça. Quelques dessins jetés à la va-vite pour un futur... char d'assaut. Mais, aussi, des idées pour améliorer la vie quotidienne des gens. On pense à cette machine pour déplacer des blocs de pierre. Ou à cette étude pour contrôler les écoulements des eaux du canal de Milan.
Dans l'exposition offerte par la Pinacothèque, chaque feuillet est accompagné de longs cartouches explicatifs. C'est verbeux, un peu, mais c'est surtout salutaire. Sans cela, le sens "historique" nous échapperait souvent. Une exposition à lire, en somme. Il ne faut pas en abuser mais, de temps, en temps, ce n'est pas si désagréable que cela. Et comme la Pinacothèque est en difficultés, aidons-là un peu.



Léonard de Vinci, il Genio
Pinacothèque de Paris,
Jusqu'au 31 janvier 2016

12 novembre 2015

Vigée Le Brun affiche sa modernité au Grand Palais

De Vigée Le Brun, on connaît ses portraits de Marie-Antoinette, symboles d'une époque moribonde. Mais c'est ignorer tout le reste de l'oeuvre de la peintre qui, née en 1755, a vécu jusqu'en 1842. Le Grand Palais laisse entrevoir, dans ses portraits, quelques signes de modernité déjà.


Evidemment, Marie-Antoinette... Evidemment, quelques années avant la Révolution, ces peintures de cour qui, tout juste livrées, se trouvent balayées par l'Histoire, comme appartenant à une époque révolue. Elisabeth Vigée Le Brun en ultime peintre d'Ancien Régime, coincée dans un art pictural moribond. Compassée dans l'art des portraits sans rien voir de la modernité affleurant, annonçant les envolées légères du XIXème siècle.

Annonciatrice de la modernité du XIXème

Voilà pour l'image, tenace, qui colle aux pinceaux de Vigée Le Brun. L'une des rares femmes peintres à avoir traversé les siècles, pourtant. Parce que Marie-Antoinette, certes. Et parce que figeant pour l'éternité ce bonheur suranné d'une mère de famille, bientôt emporté par la Révolution, bien sûr.
Mais pas que. Surtout pas que ! Si Vigée Le Brun reste présente, encore, c'est qu'elle vaut mieux que cela. Bien mieux. Elle n'a pas cessé de vivre, de peindre, avec la famille royale. Née en 1755, elle meurt en 1842 seulement. C'est dire si son art s'est développé bien au-delà de ces années 1780 d'insouciance.
Vigée Le Brun, grand portraitiste de l'aristocratie européenne, est une femme entre deux époques, gardienne des techniques picturales du passé mais, aussi, annonciatrice, ou du moins accompagnatrice, de la modernité du XIXème siècle.

Un regard coquinou par-ci, un sourire taquin par là
Dans ce portrait de Julie,
la fille de Vigée Le Brun,
toute une modernité qui s'annonce.

C'est tout l'intérêt de l'exposition qui lui est consacrée au Grand Palais que de montrer cette évolution. Si l'on admire ainsi ses portraits de cour, on suit surtout l'évolution de son art. Vigée Le Brun peint en plein air, s'essaie à capturer le réel, comme il vient, les couleurs, les atmosphères.
Elle s'amuse, surtout, à libérer les corps, les visages. C'est subtil, presque imperceptible, mais on voit, au fil des années, ses portraits se faire plus aériens. Ici, une bouche entrouverte, là une lèvre pulpeuse, un regard coquinou, un sourire taquin. Pour nous, le meilleur exemple de tout cela est à voir dans le portrait de sa fille Julie en baigneuse. Cela date de 1792, mais ne déparerait pas classé une bonne cinquantaine d'années plus tard.

Elisabeth Vigée Le Brun
Grand Palais
Paris
Jusqu'au 11 janvier 2016 

Vigée Le Brun d'Ancien Régime

Marie-Antoinette, 1778.

Marie-Antoinette et ses enfants, 1787.
La portraitiste et la peintre classique
Comtesse du Barry

Autoportrait


Autoportrait

Le concert espagnol.
De petites touches de modernité



Bacchante, 1785

Madame Grand, 1783

La baronne de Crussol Florensac, 1785

Julie en baigneuse, 1792.


Lady Hamilton en bacchante
devant le Vésuve, 1792.

08 novembre 2015

Picasso et ses pas toujours très bons pique-assiette au Grand-Palais

Le Grand Palais ouvre grand ses portes à Picasso et ses pique-assiette. A ses pique-assiette surtout... C'est Libé qui est à l'origine de ce trait d'esprit. Lequel, plus qu'une tournure stylistique, tient malheureusement de parfait résumé de ce Picasso.mania.


Le site du Grand Palais, où se déroule cette exposition jusqu'au 29 février 2016 annonce la présence de "cent chefs-d'oeuvre de Picasso, dont certains jamais montrés, confrontés aux plus grands maîtres de l'art contemporain, David Hockney, Jasper Johns, Roy Lichtenstein, Andy Warhol, Jean-Michel Basquiat".

Trois pauvres murs de Picasso...

Nous, bêtement, on s'attendait à voir du Picasso avant tout. Eh ben, pas du tout. Ou plutôt si... mais tellement peu. Tellement mal. Pour trois murs de Picasso extraordinaires, avec Le guitariste ou Femme assise dans un fauteuil sur le premier, un sublime portrait de Dora Maar sur le deuxième et la série des Mousquetaires sur le troisième, il faut se coltiner des dizaines et des dizaines d'oeuvres "hommage", souvent franchement mineures d'adorateurs parfois quelconques de Picasso.
Le reste à lire ici, sur le site d'ApacheMag.

19 août 2015

Lascaux monte à Paris... et nous on le descend en flèche

Lascaux à Paris, pour quiconque s'attend à des reconstitutions somptueuses, s'avère décevant. A peine quelques pans de la grotte sont présentés en fac-similé... C'est peu.


On a beau y rester deux bonnes heures, on repart de Lascaux à Paris avec un petit arrière-goût de déception en bouche. D'abord parce que l'exposition, présentée Porte de Versailles, est chère, très chère : 15,90 euros... Ensuite parce que l'organisation des salles laisse largement à désirer.
Comment ne pas ainsi parler de ces installations en double... Pour fluidifier le trafic ? Ou pour donner une impression de masse à ce qui est finalement assez faiblard ? On hésite encore, mais ne cesse de s'interroger...

Huit témoignages à la file, c'est beaucoup...

Qu'importe, à vrai dire, car le pire est ailleurs. Il est dans cette présentation, en fin d'exposition, de huit témoignages d'experts et/ou d'amoureux de Lascaux, proposés à la file. Un non-sens parfait qui, si l'on fait preuve d'abnégation, nous fait rester piétiner sur place un bon quart d'heure le temps d'écouter l'ensemble, via l'audioguide (fourni sans supplément de prix).
Autant dire que personne n'a la patience... C'est bien dommage car ces commentaires, bien qu'inégaux, sont plutôt intéressants. Et devoir les zapper aggrave ce sentiment final de déception. Pourquoi diable ne pas les avoir dispatchés dans les différentes salles ? On se demande franchement, parfois, à quoi peuvent penser les commissaires d'exposition...

Reconstitutions trop peu nombreuses

Une seule représentation humaine à Lascaux
Ici proposée en fac-similé, Porte de Versailles.
Et s'il n'y avait que la forme qui posait problème... Malheureusement, le fond laisse lui aussi à désirer. Certes, on reste deux bonnes heures dans l'expo, mais on cherche surtout, en vain, ce petit quelque chose qui va nous faire dire : "c'est bon, j'en ai pour mon argent".
Sans doute ce manque vient-il d'une incompréhension initiale. On s'attendait à voir Lascaux reconstituée. Or, c'est juste le cas pour quatre ou cinq pans de la grotte. Soit, en tout et pour tout, quinze petits mètres seulement. Allez, on vous le fait à vingt mètres, et c'est notre dernier prix...
Le reste, ce sont des maquettes et des panneaux explicatifs. Pas mauvais, cela dit, qu'on ne nous fasse pas dire ce qu'on n'a pas dit. C'est clair et bien fait mais sans rien, jamais, qui nous scotche sur place. Or, ici même, Porte de Versailles, on a déjà vu deux expos similaires, Toutankhamon et Titanic qui, elles, réussissaient cet exploit. C'est donc possible...

A la poursuite de lapinou

A défaut, on lit les panneaux et écoute l'audioguide avec plaisir. Cela nous permet de mettre à jour nos connaissances. Nous sommes en 1940, sur la commune de Montignac, en Dordogne. Un chien court après un lapin. Le pauvre lapinou trouve refuge dans un trou, formé par un arbre fraîchement déraciné. Le chien le poursuit et reste coincé - on ne sait, en revanche, ce qu'il advint du lapin.
Le jeune Marcel Ravidat, avec ses amis, intervient pour libérer le toutou. Il ne le sait pas encore mais il vient de découvrir la grotte de Lascaux (Marcel, pas le chien). Voilà 8000 ans qu'un éboulis l'avait coupée du monde, cette grotte où, 200 siècles plutôt, soit 20.000 ans, des hommes, comme Marcel, comme vous, comme nous, s'amusaient à dessiner.

Grotte originale fermée depuis 1963
Taureaux de Lascaux (pas présentés Porte de Versailles)

Et pas qu'un peu : près de 2000 représentations, signes énigmatiques ou animaux, ont été répertoriées à Lascaux. Dans le lot, un seul dessin d'une figure humaine. Et encore, humaine... Un homme à tête d'oiseau, stylisé, en érection, coincé entre deux animaux, aux traits parfaitement maîtrisés, eux.
C'est évidemment sublime. Le plus imposant étant peut être dans ces fresques immenses de cinq mètres sur quatre, représentants des taureaux... Marcel Revidat et ses amis viennent de faire l'une des plus formidables découvertes de l'histoire de l'humanité. Très vite, évidemment, cela se sait. La foule des visiteurs afflue. Nombreuse. Trop nombreuse.
Entre 1948 et 1963, plus de un million de personnes visitent ainsi Lascaux dont, rien que la dernière année, 200.000. C'est plus que cette pauvre grotte ne peut supporter. Malraux, ministre de la Culture, décide alors d'interdire les visites et de lancer la construction d'un fac-similé, juste à côté. Il faut vingt ans de travaux pour que s'ouvre enfin Lascaux II, en 1983. C'est lui que l'on visite aujourd'hui - et Lascaux III, en attendant Lascaux IV - et bien sûr plus la grotte originale, trop fragile.

Paris, Porte de Versailles
Jusqu'au 30 août 2015

28 mai 2015

Pierre Bonnard : un gars qui aimait l'orange ne pouvait être mauvais

Bonnard, peintre inclassable, car touche-à-tout génial, a droit à une belle exposition au musée d'Orsay à Paris. Un éclectisme qui ne facilite pas la tâche du chroniqueur, mais ravira forcément les yeux. A voir jusqu'au 19 juillet 2015.


On aime bien les cases. Faire rentrer les gens dedans. Si besoin en tassant un peu. Mais, avec Pierre Bonnard, on a beau faire, triturer sa peinture dans tous les sens... impossible. Ce gars est inclassable. Tout juste si on remarque, de-ci, de-là, quelques accointances avec Gauguin. Et beaucoup avec Degas, aussi, dans le choix de certains sujets. Sans compter, enfin, un amour immodéré de l'estampe japonaise.
Pour le reste, Bonnard a tout fait, tout tenté. Mais à sa manière. Sans jamais copier. Parce qu'il aimait. parce qu'il en avait envie. C'est beau, ou pas, selon les thèmes (et les goûts), mais ce côté touche-à-tout le rend diablement intéressant. Et on applaudit donc bien fort le musée d'Orsay de lui consacrer une exposition, à Paris, jusqu'au 19 juillet 2015.

Peintre d'intérieur et de nus

Après, comme Bonnard n'appartient à aucune école picturale, hormis celle des nabis - des quoi ? - nous voilà bien ennuyés pour parler du bonhomme, sa formation, sa technique, son évolution... On pourrait certes justement dire quelques mots des nabis, mais on ne ferait que répéter, en moins bien, ce que d'autres ont tenté de dire. On dit "tenté" car, pour être honnête, on n'a pas bien tout compris...
Du coup, on va évoquer sa vie privée, c'est plus facile. Marthe, donc. Son épouse en même temps que sa muse (et inversement). C'est bien simple, Marthe, on la retrouve partout dans les toiles de Bonnard. Celles qui font penser à Degas. Des scènes d'intérieur où le peintre fait comme s'il surprenait des moments d'intimité.

Ce gars-là aimait l'orange... et comme nous aussi

C'est beau, joliment érotisant et lascif, avec des bouts de fesses, de hanches et de seins qui dépassent. On admire les couleurs, toujours vives, les compositions, les verticales et les horizontales qui ravissent l'oeil. Citons par exemple, avant de vous laisser à voir, ce qui vaudra mieux que nos mots lourdauds, Nu dans un intérieur, datant de 1912, ou encore Dans la salle de bain, de 1940.
Allez, un petit dernier pour la route avec La Terrasse à Vernon qui, à nos yeux, résume tout Bonnard : on a du Gauguin dans les couleurs, les formes, du pointillisme dans les fleurs, de l'impressionnisme ailleurs. Bref, un joyeux mélange. Bonnard en passeur de style, en somme. Et puis ce gars-là aimait l'orange en plus, alors...


L'atelier au mimosa.


Femme assoupie sur un lit, 1899

L'homme et la femme, 1900

La toilette. Nu au miroir. Nu devant la glace.


La sieste au jardin. 1915


Le raidillon au Cannet, 1945


L'omnibus 1895

Pierre Bonnard, peintre l'Arcadie
Musée d'Orsay, Paris
Jusqu'au 19 juillet 2015.

21 mai 2015

Les Tudors, une dynastie au musée

Les Tudors, c'est à peine plus d'un petit siècle de domination. C'est-à-dire rien mais, pour autant, avec Henri VIII et Elisabeth Ière, on a là deux des monarques les plus fascinants du royaume d'Angleterre. Le musée du Luxembourg met la dynastie à l'honneur, jusqu'en juillet 2015.


Cent dix-huit ans, trois générations et puis c'est tout... Les Tudors, dans l'histoire anglaise, c'est finalement peu de choses. Dans le temps, s'entend, chronologiquement. Car dans les moeurs, dans l'ancrage, dans ce qu'il en reste dans les mémoires, il en va bien autrement.
Les Tudors, c'est Henri VIII, c'est Marie Ire, c'est Elisabeth Ire... Les Tudors, c'est un peu plus d'un siècle de folie pure, de bouleversements majeurs qui, encore aujourd'hui, ont des répercussions. Les Anglais ne seraient pas ce qu'ils sont sans cette dynastie, coincée entre les York et les Stuart. Le musée du Luxembourg, à Paris, leur consacre une exposition, jusqu'au 19 juillet 2015. Une plongée dans l'Angleterre des années 1485 à 1603, présentée roi après roi, reine après reine.

Quand Henri s'en va cueillir la rose

Un brin austère ? Peut-être, oui... Disons à ne réserver qu'aux amoureux de l'histoire, ceux qui connaissent un peu, que ça intéresse. Sinon, vous ne verrez en effet guère autre chose que des portraits, serrés ou en pied, panneaux récapitulatifs des règnes à l'appui, des cinq monarques Tudor. Intéressants et bien faits, cela dit, ces panneaux explicatifs.
On chemine en commençant par Henri VII. Qui ça ? Le père de Henri VIII, si vous préférez. Mais plus que cela, en réalité. Il est le fondateur de la dynastie, accédant au trône en 1485 après sa victoire contre Richard III à la bataille de Bosworth.
C'est Henri VII qui met ainsi un terme à ce qui, derrière le joli nom de Guerre des Deux Roses, fut en fait un joyeux bordel dynastique. Au moins met-il un peu d'ordre à tout ça. Avant que son fiston Henri VIII ne vienne ensuite à nouveau tout refoutre en l'air avec ses multiples épouses.

Le sifflet d'Anne Boleyn
Anne Boleyn, avant qu'on ne lui coupe le sifflet.

On n'échappe ici évidemment pas à Anne Boleyn avec, par exemple, exposé au Luxembourg, un petit sifflet en or en forme de pendentif, offert par Henri VIII alors amoureux. Mais il avait l'amour facile, le bougre.
Il est intrigant à voir, ce minuscule sifflet. Avec, laissons-nous donc emporter par notre enthousiasme, l'imagination qui court, et les lèvres d'Anne que l'on imagine se poser sur ce petit sifflet ridicule.
Comme un lien concret avec l'histoire, en somme. Le seul, même, car on apprend que les portraits que l'on connaît d'elle sont tous apocryphes. Donc absolument pas fidèles à la réalité. Pour dire les choses autrement : on ne sait foutrement pas à quoi elle pouvait bien ressembler, la belle Anne.

Marie la Sanglante
Marie "je kiffe la life" Tudor

Une autre pièce forte, pour sortir de la seule litanie des portraits, c'est l'armure utilisée par Henri VIII à l'occasion de la rencontre du Drap d'Or avec François Ier, en 1520. On se prend cinq siècles dans la gueule, ce n'est pas tous les jours comme ça...
On s'émeut, ensuite, du destin des enfants de Henri VIII. Du tragique au magique. Commençons par le tragique, avec Edouard VI. Roi à 9 ans, mort à 15... Il faut voir les portraits de lui où, pauvre enfant, il pose comme papa le faisait autrefois : en pleine gloire. Cela a un petit quelque chose de pathétique. L'illusion du pouvoir. Son poids, surtout, immense sur de si frêles épaules.
Tout juste le temps d'être intrigué par un étonnant portrait anamorphique du petit roi, réalisé par Guillim Scrots, et voilà que vient le règne de Marie. Femme et catholique... Deux écueils difficiles à contourner.
Marie doit d'abord se débarrasser de Jane Grey, sa cousine, que les "protestants" lui préfèrent. Elle y gagne son surnom de Marie la Sanglante, n'hésitant pas à faire décapiter sa parente pour s'assurer du pouvoir. Première femme à la tête du royaume, elle épouse Philippe II d'Espagne, ce qui fait craindre qu'à son décès l'Angleterre ne tombe entre des mains étrangères.

Elisabeth, la reine vierge

Elisabeth, portrait du couronnement.
Morte finalement sans descendance, en 1558, la question ne se pose pas, laissant sa demi-soeur Elisabeth lui succéder. Drôle de destin que celui d'Elisabeth... Fille d'Anne Boleyn, exécutée trois ans après sa naissance, elle ne devait évidemment pas être reine. Elle le fut pourtant, et avec un succès qui forge le respect.
Elisabeth retient la leçon de Marie et refuse de se marier sa vie durant pour éviter toute crise de succession potentielle. Ce qui ne veut pas dire qu'elle n'aima pas, ça non, évidemment. Avec, à la clé, quelques épisodes croustifondants comme ce beau jour de septembre 1560 où Amy Robsart, épouse de Robert Dudley, favori de la reine, pressenti pour être son futur époux, est retrouvée morte au pied d'un escalier, après une chute. Un timing parfait pour une femme gênante mais, surtout, un scandale terrible, qui empêchera tout projet de mariage entre Elisabeth et Bob.
Reine pendant près de 45 ans, on suit, tableau après tableau, le temps qui passe, depuis le portrait du couronnement, où elle apparaît belle et jeune, en passant par exemple par le Darnley Portrait, de 1575, où elle l'est moins... Une belle tranche d'histoire, donc.

Les Tudors
Musée du Luxembourg, Paris
Jusqu'au 19 juillet 2015

02 mai 2015

Velazquez s'expose au Grand Palais

Diego Velazquez s'expose au Grand Palais. C'est à voir jusqu'au 13 juillet 2015, et c'est évidemment une réussite. Organisée de manière chronologique, cette rétrospective permet de (re)découvrir le peintre espagnol.


Pour Manet, Diego Velazquez est le "peintre des peintres"... Et on comprend bien pourquoi en visitant l'exposition Velazquez au Grand-Palais. C'est bien simple, le grand Diego avait deux bons siècles d'avance dans l'approche de son art.
Il faut voir comme il arrive en effet à traiter le plus éculé des thèmes, classiques. Comment il arrive à rendre réel tout cela... Il faut voir ces visages durs, marqués, assombris par le poids des ans, comme sortis de la rue et non sublimés, couchés pourtant sur la toile pour représenter les plus illustres passages de l'Antiquité.

A lire sur Apache Mag

La Forge de Vulcain en est un parfait symbole. C'est notre premier coup de coeur dans le cheminement de cette rétrospective, à voir jusqu'au 13 juillet 2015.
Le premier, mais loin d'être le dernier... Vous retrouverez la totalité de cet article sur le site d'Apache Magazine en cliquant ici, ou alors là. Bref, c'est sur Apache Magazine quoi...

07 avril 2015

Le Pressionnisme : le graffiti enfin au musée

Le Pressionnisme s'expose à la Pinacothèque. Le quoi ? Le street-art quoi. Le graffiti. Longtemps décrié mais aujourd'hui reconnu pour ce qu'il est, à savoir de l'art, il méritait d'être enfin mis en valeur. C'est maintenant fait.


On pourra disserter des heures sur le terme utilisé pour qualifier l'exposition. "Pressionnisme". Voilà bien un truc qui n'évoque rien à personne. En revanche, si on parle de graffiti et même plutôt de street-art, là oui, a priori, on vous retrouve.
On s'étonne donc d'abord, avec cet étrange "Le Pressionnisme, les chefs-d'oeuvre du graffiti sur toile", présenté à la Pinacothèque. On ne sait pas trop où on va. Mais on y va. La foi des précédentes expositions consacrées à Basquiat ou à Keith Haring chevillée au corps.

Bomber les murs des villes comme les chiens y pissent


Phase 2, comme c'est d'ailleurs écrit.
Et on a diablement raison, car on y découvre de sacrées jolies choses, à l'intérieur. Sur des gars dont, qui plus est, petits incultes que nous sommes, on ignorait largement l'existence. Après, on pourra sans doute regretter la mise en contexte un brin faiblarde. Mais, après tout, une fois qu'on a compris qu'il s'agit de street-art, d'art urbain et contemporain, s'affranchissant des lourdeurs habituelles du petit milieu de l'art, et de ses bassesses, que dire de plus ?
Certes, il est bien dit que tout est né, d'abord, sur les wagons de trains, dans des gares pourries, tard la soir. Certes, il est bien dit, aussi, qu'on touche, avec ces graffeurs, à l'essence même de l'art - l'art pour l'art.
C'est vrai quoi... N'a-t-on pas là, à l'origine du mouvement, des gars qui signent leurs graffs de leur seul pseudo, affublé du numéro de leur rue new-yorkaise, s'échinant, comme un chien pisse sur un mur, à en foutre le plus possible, au plus près du territoire de leurs potes et concurrents, dans un savant jeu de joutes urbaines artistiques ?
N'a-t-on pas là, surtout, des artistes vilipendés par leurs aînés, traités de petits merdeux, voire poursuivis par les polices du monde entier pour dégradations de biens publics ? C'est à cette occasion, d'ailleurs, qu'on comprend enfin pourquoi ce terme de pressionnisme. Bah ouais, pardi, pour faire le pendant de leurs potos impressionnistes qui, un siècle plus tôt exactement, subissaient les mêmes affres.


Rammellzee, Atomic Note.
Coeur avec la bombe aérosol pour Rammellzee et Phase 2

Pas con, quand on y pense. A défaut du même vécu, le même raté, quand même, de la part des élites - "Quoi, ça un art ? Pfff..." - Et pourtant. Il faut voir comment on peut rester scotché, parfois, devant une oeuvre exposée à la Pinacothèque. Des artistes, ça oui. Des purs. Des vrais. Des tatoués. Enfin des bombés, plutôt. Bah oui, à la bombe aérosol qu'ils travaillent, les bougres... Tout sauf de simples "barbouilleurs de rue, salissant les immeubles"...
On part donc à leur découverte, le coeur battant, et on en sort avec un petit penchant pour le duo formé par Rammellzee et Phase 2. Qui ça ? C'est un peu ça le problème, car il nous faut faire avec la frustration d'en savoir si peu sur eux. Qui sont-ils, d'où viennent-ils ? Que sont-ils devenus ensuite ? Ces explications manquent, et c'est dommage.
A défaut de cette mise en contexte, on se ballade gaiement de salles en salles, s'arrêtant, de-ci, de-là, sur une toile plutôt qu'une autre. Et on vous en offre un petit aperçu, pas plus tard que tout de suite.

Equotionnote Z Boom Square,
Rammellzee

Toxic,
Alla Dalla

Peril,
Rammellzee

Baby Formula,
Futura
Le Pressionnisme
Pinacothèque
28, place de la Madeleine
Paris
Jusqu'au 13 septembre 2015

08 décembre 2014

Vu du front : représenter la Grande Guerre au plus près de ce qu'elle fut

Comment représentait-on la Grande Guerre ? Comment surtout, ces représentations ont-elles évolué au fil des ans et de l'enfoncement dans la barbarie... De la guerre magnifiée on glisse très vite à la guerre beaucoup plus cru, dure, violente. Vu du front montre tout ça aux Invalides.


On a vu des organisations plus subtiles que celle de ce Vu du front, aux Invalides. On entre à un endroit, chemine à travers quelques salles, puis franchit une grande galerie réservée aux costumes de guerre napoléoniens, sans aucune rapport, et monte au troisième étage.
Bref, "Vu du front, représenter la guerre" est explosé dans plusieurs endroits du musée des Armées mais, en dehors de ce cheminement un poil particulier, rien à redire.

Glissement sémantique autant que technique

Verdun, par André Devambez (détail)
Ou plutôt si : que du bien. Car, même si cela commence mollement, ça finit en apothéose, avec franchement de jolies choses. Il s'agit, à travers des documents rares et, pour ce qui nous concerne, jamais vus, de voir comment les contemporains de la Grande Guerre pouvaient percevoir et rendre compte de qui se passait sur le front.
Et ce sur un panel d'une richesse assez dingue, depuis les informations sous contrôle de la censure, donc un brin grandiloquentes, jusqu'aux reportages de guerre, cette fois tout ce qu'il y a de plus réalistes, menés par les illustrateurs de l'époque.
Ce sont évidemment ces derniers les plus intéressants avec, en plus, un glissement technique qui s'opère et s'apprête à révolutionner le métier. Des gravures et illustrations des débuts de la guerre, on passe en effet petit à petit à la photographie.
Certes, les appareils photos ne sont encore guère portatifs et pratiques d'utilisation, mais il n'empêche : rien que leur présence, chez quelques-uns des protagonistes, suffit à bouleverser la manière de représenter la guerre. Cela et les horreurs qui n'en finissent pas, évidemment.

Peinture sur omoplate de cheval

L'heure est donc à montrer l'horreur dans ce qu'elle a de plus cru. La violence. La mort. Le sang. On est loin, en 1918, des gravures montrant très esthétiquement les joyeux soldats, pantalons rouges bien voyants, s'en allant gaiement guerroyer. Non, on est alors avec des fusains noirs, inscrivant sur papier le fracas des bombes, des explosions et des corps mutilés.
Cette peinture sur omoplate de cheval
est juste bouleversifiante.
C'est donc, avec cette expo, une façon singulière de revisiter la Guerre. On ne la voit ni dans ses déroulements stratégiques, ses grandes manoeuvres ou ses grands hommes mais, au contraire, au plus près des tranchées et du poilu de base.
Ainsi, l'oeuvre la plus émouvante, assurément, est cette omoplate de cheval, peint par un soldat pendant une accalmie. Où comment l'art, en somme, se niche partout, et se montre plus fort, toujours, que la barbarie.
L'artiste-soldat (ou soldat-artiste, comme vous voulez), un Allemand, a figuré sur ce petit bout d'os une attaque de zouaves vue de face. On s'y croirait presque confronté, à voir la face hurlante de ce soldat qui charge devant nous...
A vous donner des frissons. Ne serait-ce qu'en imaginant que ce soldat, ensuite, s'est sans doute coltiné de devoir porter sa peinture des jours durant avant de la confier à l'arrière. Joli d'abnégation.

De la guerre magnifiée à la guerre dans ce qu'elle a de plus cru

Ce crucifix, à base de baïonnette
et de bouts de grenade est pas mal non plus.
Dans le même genre, il faut aussi citer ce crucifix autrichien, formé d'une baïonnette italienne montée sur la coque d'une grenade. Là encore, une magnifique démonstration de la supériorité de l'art sur la mort, la guerre. 
Voilà pour l'anecdote, issu des objets des Poilus. Le gros de l'exposition est surtout consacré aux oeuvres des "professionnels". On cite, dans le désordre, Georges Scott, François Flameng, Paul Jouve, Heinrich Vogeler, James McBey ou encore Félix Vallotton.
Avec, comme on le disait plus haut, leur art qui s'affine. Leur regard qui se fait plus dur, plus cru. La guerre, de valorisée, glorifiée, est de plus en plus montrée pour ce qu'elle est. A savoir une horreur, de bout en bout.

Vu du front, représenter la Grande Guerre
Musée des Armées,
Paris, Invalides
Jusqu'au 21 janvier 2015



Au début, la guerre on la présente comme ça.
C'est-à-dire propre, jolie, magnifiée.

Très vite, ça devient plus cru.
Plus réel. Plus dur aussi.
Louis Gillot, Attaque à la grenade.

Qu'est-ce qu'on disait...
Combat de corps à corps (détail)
par Georges Scott.

Mais l'art c'est joli aussi.
Combat naval, Maurice Busset.

Et il est bon, parfois, de rappeler l'évidence.

Sublime, non. "Vos gentils voisins"...
Magnifique.

Et la guerre donna Dada...