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01 juin 2016

Elle, Verhoeven dans la veine chabrolo-hitchcockienne

Parfait dans la maîtrise psychologique de ses personnages, Paul Verhoeven pèche par un excès de facilité dans le déroulé du scénario. Cela nuit grandement à la crédibilité de l'ensemble.


On n'y croit pas une seconde. Certes, le cinéma n'a pas à être le reflet de la réalité - surtout pas d'ailleurs - mais bon... Croire un minimum à ce qu'on nous propose peut quand même aider, de temps en temps. Les critiques sont plutôt bonnes, donc admettons naviguer à contre-courant. On est passé à côté d'Elle. Comment ça, ce ne serait pas la première fois ?

Pas crédible du tout

A aucun moment, on a accepté le postulat de départ, offert par Paul Verhoeven. Au début, même, on l'avoue : on a été gêné par le jeu d'Isabelle Huppert - on est gêné de notre gêne. Car, évidemment, c'est pas n'importe qui Isabelle. On ne peut pas la soupçonner d'être mauvaise actrice. Fou-fou qui penserait cela.
Alors quoi ? Pas crédible cette histoire de working girl agressée et violée, chez elle, par un inconnu cagoulé ? Bah... non. Le cadre global de cette histoire sonne faux, de bout en bout. A commencer par la réaction d'Isabelle Huppert devant un tel drame... Même chose avec les développements qui suivent, et dont on ne peut pas trop parler.

Dans la veine chabrolo-hitchcockienne
En bas, le chat. En haut, Isabelle Huppert.

Mais, à défaut de disséquer le scénario, et dire ce qui nous chagrine, au moins peut-on s'arrêter sur le travail de Verhoeven. Il livre un film très français, avec les gentilles scènes de bouffe familiale qui commencent à lasser un peu. Un brin chabrolien, en somme, mâtiné de Hitchcock pour le suspense et le huis-clos. Classique, donc. Et pas follement innovant, du coup...
Si, au moins, la mise en scène venait nous époustoufler. Mais même pas. Attention, hein, ne nous faites pas dire... C'est bien fait, évidemment. Mais ça ne nous scotche pas. Tant pis. Alors, on se raccroche à l'atmosphère distillée. Il flotte, dans Elle, quelque chose de malsain, d'ambigu et de sombre. Les gentils le sont-ils tant que ça ? Et puis pourquoi les méchants sont-ils méchants, tant qu'on y est ?

Parfaite maîtrise psychologique

A gauche, Isabelle Huppert. A droite, un bout de cul.
Psychologiquement, c'est assez parfaitement maîtrisé. Las, la construction des personnages privilégie le fond à la forme. On s'attache à découvrir leurs failles, leurs tensions et pulsions inavouées. Mais, en revanche, on n'arrive pas à s'émouvoir de leur enveloppe, leur paraître. Marrant, d'ailleurs, de dire cela quand, tant de fois, on hurle le contraire... Si la complexité des sentiments est excellemment mise en lumière, on reste sur notre faim, malgré tout. La faute aux trop grandes facilités du scénario. Le rôle incarné par Virginie Efira est à ce titre exécrable. Propre à tout foutre en l'air.



Bilan : On peut s'en passer - Moyen - A voir - Excellent
Note : 10/20

22 mai 2016

Julieta, du grand art psychologique, mais avec un rythme trop lent

Almodovar livre une fois de plus une ode aux femmes. Il le fait bien sûr avec talent, mais dans un cadre très classique qui s'avère déroutant. Et un peu décevant aussi, finalement.


Almodovar excelle dans l'art de la maîtrise psychologique, la manière de faire ressentir les émotions de ses personnages. Ce n'est pas nouveau, mais cela éclate dans Julieta. Pour autant, le classicisme de la réalisation donne à son film un rythme un peu plan-plan, troublant.

Le talent d'Almodovar pour sublimer ses actrices

Si l'on s'attache à cette pauvre Julieta, qui nous fait le récit, poignant, de sa vie de mère abandonnée, la construction narrative, en flash-back chronologique et linéaire, vient plomber l'ensemble. On a un peu l'impression d'une histoire rabâchée, déjà vue. Et seule l'excellence du jeu des actrices vient donner un coup de fouet au déroulement d'une intrigue finalement assez paresseuse.
En clair, et en attendant la remise des prix à Cannes, où le film est en compétition, si l'on attribue volontiers un prix d'interprétation au duo Adriana Ugarte (Julieta jeune)-Emma Suarez (Julieta... moins jeune dirons-nous), on ne donnera rien au bon vieux Pedro. Mais, en même temps, pour lui qui n'a eu de cesse, sa carrière durant, que de justement mettre en avant ses actrices, pas sûr que ce soit finalement un crève-coeur.

Lent et contemplatif
Quand Julieta, 50 ans, écrit l'histoire de Julieta, 30 ans.

Le film s'ouvre sur une Julieta quinquagénaire, affairée en plein déménagement pour suivre son compagnon au Portugal. Elle semble épanouie, bien dans sa peau. Las, une rencontre fortuite, dans la rue, vient mettre à bas cette belle pseudo assurance. Une amie d'enfance de sa fille Antia lui dit qu'elle a vu cette dernière il y a une semaine. Pour Julieta, qui n'a plus de nouvelles d'Antia depuis plusieurs années, c'est un grand choc. Toutes ses souffrances enfouies resurgissent d'un coup. On n'échappe pas à son passé, jamais.
Julieta, alors, se réfugie dans son cocon, et écrit le récit de sa vie. Le flash-back débute. Il nous donne à voir une Julieta jeune, qui a la vie devant elle, qui rencontre un homme, qui l'aime, en est aimée en retour, qui donne naissance à une fille et puis qui voit son destin lui échapper, petit à petit. Du grand art psychologique mais, d'un point de vue cinématographique, très lent et contemplatif. Franchement pas inoubliable.



Bilan : On peut s'en passer - Moyen - A voir - Excellent
Note : 11/20

10 avril 2016

Quand on a 17 ans, le grand retour de Téchiné

Filmer des émois adolescents n'est jamais facile. A fortiori quand ces sentiments flirtent avec une amitié particulière. Téchiné, qu'on avait un peu perdu de vue, revient à ses premières amours, avec Quand on a 17 ans. Un joli film.


Aux Etats-Unis, on a les films à Oscar. En France, ceux à César. Dans le premier cas, c'est la transformation physique que l'on salue. Dans le second, le jeu des regards, des non-dits. On caricature un peu. A peine. Tout ce que l'on veut dire c'est que Quand on a 17 ans brille par le jeu de ses acteurs, les sentiments qu'ils distillent.

Cette si belle capacité à filmer les sentiments

Marrant, d'ailleurs, de voir que Téchiné, décidément, se distingue par sa capacité à filmer les émotions, bien plus que par celle de poser sa caméra, faire de jolis plans. Qu'importe : c'est un talent qui n'est pas donné à tout le monde. Et c'est un talent, surtout, qui se confirme pleinement ici. Car boudiou, il faut avoir un coeur de pierre pour ne pas être touché par ce film.
Quand on a 17 ans met en scène Damien, (Kacey Mottet Klein), fils de militaire qui vit avec sa mère médecin (Sandrine Kiberlain) quelque part dans la montagne. Damien, au lycée, souffre visiblement. Il est bon élève, mais peine à s'intégrer en classe. Surtout auprès de Tom (Corentin Fila), le grand métis solitaire qui l'intrigue tant.
Mais quel est d'ailleurs ce sentiment étrange qu'il éprouve, envers ce garçon ? De la haine ? De l'attrait ? Et si c'est de l'attirance, est-elle physique ou intellectuelle ? Ami, ennemi... amant ? C'est si difficile à dire, à cet âge-là. Et comme Tom, à sa manière, semble traverser des mêmes émois, voilà nos deux gars qui, tels des mômes tirant les couettes d'une fille en maternelle, se mettent à se chercher des noises, sous fond de regards de biais, aussi scrutateurs que volés. Quelque chose, assez sublime, entre violence et amour naissant...

Un César pour Kacey Mottet Klein
Un homme, un homme, chabadabada chababada.

A ce petit jeu, franchement pas facile à incarner, les deux acteurs, Kacey Mottet Klein et Corentin Fila s'en sortent à merveille. On sent le trouble en eux, la confusion des sentiments. C'est touchant, émouvant. Beau et terrifiant à la fois. Tout juste si, parfois, malheureusement, Téchiné se laisse quand même aller à la facilité. On pense par exemple aux rôles périphériques, flirtant avec la caricature : le comportement de la mère (Sandrine Kiberlain) est assez peu crédible dans certaines de ses réactions. C'est embêtant, mais ce n'est pas grave. On en fait aisément abstraction.
Plus embêtant : la fin, un peu facile, longuette, qui vient rompre un peu le charme romantique de ces adolescents en recherche d'eux-mêmes. Là encore, ce n'est pas grave : la beauté des sentiments demeure. Elle est belle. Elle émeut et touche en plein coeur.


Bilan : On peut s'en passer - Moyen - A voir - Excellent
Note : 13/20

06 avril 2016

Five, film de potes qui vaut pas tripette

On espérait un film de potes grandiose. On en a juste un... quelconque. Five, en dépit d'un bon esprit de camaraderie, peine à nous embarquer au milieu de cette bande de cinq colocataires un brin timbrés.


Vous trouvez la bande-annonce attrayante ? Vous avez raison. Seulement, le rythme qu'on y voit insufflé ne se retrouve pas dans les longueurs du film... Cela manque de liant. De tenue. C'est drôle, certes, mais seulement par intermittence. Fin quand ça veut. Lourdaud le reste du temps. Des nombreux films de djeuns et de potos, Five est loin d'être le meilleur.

Un film du dimanche

Après, reste malgré tout une impression générale de légèreté intéressante. C'est frais. Et si cela ne fait pas forcément un bien fou, ça ne fait pas de mal non plus... Allez, mouillons-nous : Five est un bon petit film de dimanche après-midi. Pluvieux, le dimanche. Et hivernal. En lendemain de cuite...
Comme son titre l'indique, Five raconte l'histoire de cinq amis d'enfance qui, rêve ultime, se mettent enfin en coloc'. Comme dans tout groupe, il y a un leader. Son prénom ? Samuel (Pierre Niney). Fils de riche, Samuel, fou de théâtre, fait semblant de suivre des études de médecine pour que papa continue à payer le loyer.

Sympa mais très très léger
Yeaaaaaapaaaaah, le film est fini...

Las, évidemment, un brin d'herbe va venir enrayer cette jolie mécanique. Et, en parlant d'herbes, c'est la solution que trouve Samuel pour continuer à être le héros de ses potes : vendre joyeusement de la beuh. Vous voyez venir le truc ? Ces cinq potes, engagés dans une même galère, vont-ils être réunis, ou plutôt désunis ? S'entraider ou se déchirer ? Rhoooooo le suspense est à son comble, c'est terrible...
De ce postulat d'un grand classicisme, Five ne se sort qu'assez modestement... Cela ne tient que par ce sentiment de franche camaraderie qu'on sent sincère entre les cinq personnages. C'est un poil léger pour en faire un film inoubliable.



Bilan : On peut s'en passer - Moyen - A voir - Excellent
Note : 09/20

26 mars 2016

10 Cloverfield Lane, un huis-clos mais bien plus que cela encore

Film malin, 10 Cloverfield Lane explore de multiples pistes qui font de l'ensemble un très grand film à suspense. Avec cette petit magie voulant qu'on ne s'attende jamais aux rebondissements qui nous sont proposés. Du grand art. 


Trois genres cinématographiques en un seul film. Et puis, surtout, cette capacité à venir remettre en cause toutes les certitudes que l'on s'est forgées, juste au moment où l'on commence à se dire "ok, c'est bon, j'ai compris le truc, ça va devenir lourdingue maintenant"... Bref, du grand art. Plus, d'ailleurs, pour cette maîtrise scénaristique que pour la mise en scène.
Mais, franchement, pour une fois, la photo, le positionnement de la caméra, on s'en contrefout. Le scénario est suffisamment riche pour nous tenir tout seul en haleine. Ses subtilités et ses rebondissements. Tous malins. Mieux que ça, même. Intelligents.

Gardien ou geôlier ?
Pas de réseau, bien sûr...


10 Cloverfield Lane est donc un grand film et, comme tous les grands films, s'avère extrêmement compliqué à disséquer. Sous peine de tomber dans le spoile massif et crétin. Ce qui serait ballot parce que, justement, tout tient par les surprises, qui nous sont, à intervalles très régulier, distillées.
Michelle (Mary Elizabeth Winstead) se réveille dans une cave, une perfusion au bras et la jambe attachée à une chaîne solide, rivée au mur. Tout juste si elle se souvient d'un accident. Un accrochage. Sa voiture qui dérape, puis quitte la route. Après... le vide total. Autant dire que le réveil est brutal et angoissant. Nous voilà plongés dans un huis-clos à se frotter les mains d'excitation.
Mais que nos amis claustrophobes ne passent pas tout de suite en mode palpitation. Howard (un très impressionnant John Goodman) arrive. Qui est Howard ? Son geôlier, à moins que ce ne soit son gardien. Les mots, ou plutôt leur sens, ont ici toute leur importance.

John Goodman (le petit gros à gauche)
est assez incroyablement époustouflant.
Gentil bourru ou sympathique méchant ?

Howard, sous son air bourru, serait-il en fait un bon gars ? Ne la détache-t-il pas, en lui expliquant l'avoir sauvée, après l'avoir trouvée au bord de la route, dans sa voiture ? Ok, mais alors pourquoi cette cave ? Howard, la main sur le coeur, explique à Michelle que, dehors, c'est le chaos. Quelque chose entre la guerre atomique ou une attaque chimique massive (ce qui revient finalement un peu au même). Bref, on est mieux dedans, qu'il lui dit, le gars. Notre Michelle est bien embêtée... Doit-elle le croire ou bien tenter de fuir ? Cruel dilemme... Un truc qui nous colle au coeur et au corps 1h44 durant. 1h44 à ne plus savoir qui sont les bons, les méchants. Ni même s'il y a des bons et des méchants.



Bilan : On peut s'en passer - Moyen - A voir - Excellent
Note : 18/20

20 mars 2016

Zootopie, gentillet, sans plus

Plaisant mais sans ce petit quelque-chose qui fait toute la différence, Zoopotie manque de souffle, de finesse et de rondeur pour laisser un souvenir quelconque. 


Dans Zootopie, tout est dans la bande-annonce. Avec, principalement, ce passage lumineux d'un paresseux à qui l'on raconte une blague. Son oeil qui s'ouvre, lentement, et son sourire qui s'éclaire. C'est mignon tout plein, tendre et positif. Mais c'est surtout à peu près tout, en fait...
Il manque un truc à ce Zootopie pour dépasser le stade du "c'est mignon". Un petit quelque-chose qui lui donne de la profondeur, du sens. Un je-ne-sais-quoi qui nous permette de nous identifier. Un Vice-Versa y est bien parvenu, lui. C'est donc que c'est possible...

Une comédie gentillette, sans plus

On prend ici du plaisir, c'est marrant, plaisant mais... mais il y a ce "mais". Pas d'envolée sublime. Pas ce petit grain de folie qui nous fait nous envoler. Juste une livraison gentillette. Pas désagréable, non, surtout pas, mais dont il ne reste finalement pas grand-chose ensuite.
Et puis comme c'est sorti depuis un bon bout de temps déjà, on ne va pas disserter davantage. Ce n'est pas mauvais mais il manque un truc, point.



Bilan : On peut s'en passer - Moyen - A voir - Excellent
Note : 09/20

08 mars 2016

La Chute de Londres, une bonne grosse daube de propagande

Un scénario riche d'un vide total. Des dialogues qui font mouche dans le néant. La Chute de Londres c'est cela, mais c'est surtout bien plus encore : une bonne grosse daube caricaturale et réactionnaire.


Profond et subtil. Presque poétique. La Chute de Londres, évidemment, n'est rien de tout cela. Et on ne va pas jouer les vierges effarouchées. Si on a vu ce film, c'est justement pour ce qu'il promettait d'être : une bonne grosse daube devant laquelle on débranche gentiment son cerveau.
Sauf que... Ce fut pire encore. Première réflexion : "Tiens, des gars osent encore faire des films comme celui-là ? On veut dire... aussi caricaturaux, aussi débiles, aussi peu crédibles ?" Ce n'est pas qu'on s'attendait à du Rohmer, bien sûr, mais à ce point-là... Cela en deviendrait presque drôle tant c'est ridicule. Tout autant dans ce presque...

Londres à feu et à sang

La Chute de Londres, c'est l'histoire d'une attaque terroriste massive, organisée à l'occasion de l'enterrement du Premier-ministre britannique, mort subitement dans son sommeil. Tous les grands de ce monde sont réunis à Londres. Et v'là-t'y pas que l'événement le plus sécurisé de la planète tourne au désastre. Ambiance Kaboul-London...
Ça explose de partout. Westminster. Le pont de Chelsea. Tout pète. Ça tire et canarde dans tous les coins. Tous les chefs d'Etat présents y passent. Tous sauf le Ricain, évidemment !! Bah oui, l'Amérique, la vraie, la grande, seule contre tous, infaillible et indestructible. Et, dans le rôle du vilain-méchant-pas-beau, le basané qui remplace le rouge... Un bon gros nanar de propagande comme on n'en avait plus vu depuis la Guerre Froide.

Vive l'Amérique

Si l'Amérique est triomphante,
le cinéma nettement moins...
Le président Asher (Aaron Eckhart) et son garde du corps Mike Banning (Gerard Butler) se trouvent à errer seuls dans Londres, poursuivis par les méchants. On veut d'ordinaire être gentils et ne rien spoiler mais là, c'est tellement couru d'avance : à 2 contre à peu près 500, et petit pistolet contre AK-47, ils vont s'en sortir. A deux doigts, sinon ce ne serait pas rigolo, mais s'en sortir quand même.
Après, hein, on n'est pas cons. Enfin pas trop... Plus qu'on ne le voudrait, certes, mais moins qu'on ne le pourrait, disons... Enfin bref : on savait où on mettait les pieds. Ce qui nous intéressait donc, avec La Chute de Londres, c'était de savoir comment Babak Najafi, le réalisateur, allait pouvoir insuffler une dose de subtilité dans son film qui tache.

Le scénario? C'est l'histoire d'un gars qui tire, et puis que tire encore...

Car boudiou, on pensait qu'il allait essayer, au moins. Mais que nenni... Rien. Que dalle. Peau de zob. Nada. Visiblement, à aucun moment il ne s'est posé la question. Le gars y va gaiement dans le bourrin, de bout en bout. Un scénario ? Pfff pourquoi faire : tu tires dans le tas et pis c'est tout... Des dialogues ? Pffff ok si tu y tiens, pour combler le vide le temps de recharger les flingues... Plus d'idées ? Envoie la musique, Marcel, vite et fort... Cela aurait pu être simplement risible. C'est simplement ridicule. Et on se demande bien ce que Morgan Freeman, dans le rôle du vice-président, vient foutre dans cette galère.



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Note : 03/20

03 mars 2016

Je ne suis pas un salaud : un très bon Duvauchelle ne fait pas un grand film

Film noir, Je ne suis pas un salaud donne à Nicolas Duvauchelle un grand rôle. Mais un grand rôle ne fait pas forcément un grand film. Le chemin de croix de son personnage est trop linéaire et balisé pour qu'on y adhère complètement.


Légèreté et grosse poilade au menu avec Je ne suis pas un salaud... Ambiance pouet-pouet et cotillons... Naaaaaaaan, on déconne. C'est tout le contraire. Oppressant et sombre, ce film d'Emmanuel Finkiel vient gentiment nous signifier que noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir. Plein de rage rentrée, il déroule le scénario implacable d'une descente aux enfers dont il n'y a pas d'issue. Il donne surtout à Nicolas Duvauchelle un rôle fort, qui lui colle assez parfaitement à la peau.

Rien ne va plus pour Eddie

Duvauchelle incarne Eddie, un jeune trentenaire middle class en complète perdition, qu'un chômage bien trop long a rendu aigri. Aigri et un chouïa dépressif. Aigri, un chouïa dépressif et alcoolique... Bref, Eddie ne va pas bien du tout. Séparé de sa femme Karine (Mélanie Thierry), il ne voit plus guère son fils, et s'engage dans une tournée des bars du coin pour passer le temps. Cela et, aussi, quelques formations Pôle Emploi, histoire de dire...
Comme, forcément, la merde attire la merde, le voilà un beau soir attaqué en pleine rue. Quelques coups de tatanes dans la gueule, un tournevis planté dans le dos et puis, à la volée, ce prénom, Ahmed, entendu prononcé par ses agresseurs.

La rage façon middle class

Allez savoir, alors, ce qu'il se passe dans sa petite tête. C'est comme si sa vie, soudain, lui échappait pour de bon. Emporté dans un tourbillon qu'il ne maîtrise pas, il entrevoit la rédemption avec Karine qui, touchée par sa détresse, l'accepte à nouveau à ses côtés.
Va-t-il basculer dans le camp du bonheur retrouvé ? C'est visiblement déstabilisant pour lui. Car, autre point de la balance, ce côté sombre qui l'accable et ne le quitte plus. Eddie retrouve un travail, un semblant de stabilité mais, malgré tout, sa haine, sa rage, est toujours là.
Au premier plan, une clope.
Au second, Duvauchelle.
Il vaut bien mieux que ce petit boulot de manutentionnaire dans ce magasin de meubles, après tout. Et pourquoi, d'ailleurs, ce gros con, là, dans le rayon TV, peut se payer la référence dernier cri quand lui peut juste regarder... La vie est injuste, bordel. Pourquoi doit-il obéir à ce connard de chef ? Et puis pourquoi on l'a agressé, aussi ?

Ahmed en coupable idéal

Eddie, perdu, en vient à accuser à tort un certain Ahmed, coupable idéal cueilli par la police, dont le visage lui dit quelque-chose. Est-il conscient, alors, de l'erreur qu'il commet ? Eddie reconnaît formellement son agresseur. La machine judiciaire s'emballe. Enfin, la roue tourne : c'est contre un autre que le sort s'acharne.
Cela ne l'apaise pas pour autant, Eddie, ça non. C'est même de pire en pire. Cette violence qu'il ne parvient plus à maîtriser. Cette hargne qui explose, le consume à petit feu, explose à sa gueule et à celle de ses proches. C'est le remords qui le tenaille. Comment va-t-il réagir, alors ?
On le voit, tout tourne autour d'Eddie. Donc autour de Duvauchelle. Il est très bon, crédible. Là-dessus, rien à redire. Pour autant, on n'est embarqué vraiment dans la tourmente que dans la seconde moitié du film. Comme si, auparavant, il y avait quelque chose qui bloquait, qui clochait... 

Un chemin de croix trop balisé
Bah ouais, Duvauchelle encore...
Mais puisque tout tourne autour de lui,
c'est difficile de faire autrement.

Pour dire les choses crûment : il manque quelque-chose pour emporter l'adhésion. On glisse trop longtemps au-dessus de la mêlée, spectateur, sans être aspiré dans la tourmente comme, pourtant, on en aurait envie.
Le problème, c'est Mélanie Thierry. Son rôle, plutôt. Trop fade. Surfait. Cette faiblesse nuit à l'ensemble. Même chose avec les autres protagonistes, le patron, Ahmed, etc. Tous de simples figurants qui n'ont pas la dimension nécessaire pour porter Duvauchelle.
Et Duvauchelle, parlons-en. Bon, on l'a dit. Avec un rôle qui lui va bien, colle à sa gueule et à sa trempe. Mais son personnage n'est pas exempt de défaut. Son chemin de croix est trop lisse. Sa chute trop linéaire, trop balisée. Si l'interprétation est belle, forte, le fond, lui, manque assez cruellement de relief. 



Bilan : On peut s'en passer - Moyen - A voir - Excellent
Note : 10/20 

23 février 2016

Ave, César : pas le meilleur des Coen, loin de là

Un Coen moyen reste certes largement au-dessus du lot. Il n'empêche. Pas de quoi crier au génie avec Ave, César ! C'est cela dit souvent drôle, et avec des plans franchement jolis. Mais trop dans la parodie quand même.


Les frères Coen sont fous. Tellement qu'au début de leur Ave, César, on a du mal à les suivre. Mais alors beaucoup de mal. Jusqu'à se demander si, par hasard, on n'assisterait pas là à une grosse daube. Et puis, pouf, vient le déclic. Peut-être qu'on accepte de se fondre dans leur folie. A moins, et l'on penche pour cette seconde solution, que finalement ces gars-là, talentueux, arrivent à retomber sur leurs pieds. En même temps, ils en ont quatre, ça rend la chose plus aisée...

Du mal à quitter le stade de la parodie

Ce qui paraissait incohérent, grotesque, s'avère donc malin, intelligent. Après, faut toutefois l'avoir en tête : c'est du très puissant qu'ils fument, les frérot Coen... Et puis, aussi, ce Ave, César a parfois du mal à quitter le stade de la parodie.
Mais quelques saillies bienvenues viennent, à intervalle régulier, et surtout vers la fin, donner du sens à l'ensemble. Des moues hilarantes ici, des scènes joliment comiques là. L'absurde jamais loin et la beauté des plans toujours présente. Un Coen moyen reste par nature au-dessus du lot, que voulez-vous.

Divertissant, oui. Grandiose, non
George Clooney, en star complètement teubé.


Cela ne fait pas pour autant un grand film. Divertissant, ça oui, mais grandiose, ça non. Les Coen nous plongent dans "la fabrique à rêves" du Hollywood des années 50. On y débite du chef-d'oeuvre à la bobine, sans trop de considérations pour l'aspect artistique des films, mais beaucoup pour leur rentabilité à venir. Une sombre satire du milieu du cinéma, en somme.
Rien que pour ça, un sujet en or. Qui, malheureusement, sombre un peu trop dans la gaudriole et la caricature. Tant pis. Au moins cela donne l'occasion à quelques bons acteurs de prendre du plaisir... On accompagne ainsi Josh Brolin, alias Eddie Mannix, régisseur hors-pair, parfait de sang-froid et de flegme, qui gère pour Capitole, l'un des grands studios US de l'époque, tous les petits soucis du quotidien. Là, une météo capricieuse, qui oblige à changer les plans. Ici les caprices, grands et petits, des acteurs maison. Des monstres capricieux et immatures tous autant qu'ils sont.

Des tronches droit sorties des années 50.
A des années-lumière de la profondeur des précédents Coen

Dans le lot, un jeune premier, pro du western, que le studio veut promouvoir dans des rôles plus dignes, mais qui s'avère un crétin intégral (Alden Ehrenreich). Et une naïade aussi, DeeAnn (Scarlett Johansson) reine du ballet nautique, alors en vogue au cinéma. Rajoutez une bande de danseurs de claquettes, et comprenez que les Coen rendent avec Ave, César un bel hommage au cinéma d'antan.
Au milieu de ces petits tracas secondaires, le grand-oeuvre de Mannix, c'est surtout Ave, César : une histoire du Christ. Une superproduction biblique, sur les derniers jours du Christ, qui l'oblige à réunir un aréopage de religieux, prêtre, rabbin, pasteur, iman, pour bien "boarder" la scénario et être ainsi sûr de plaire à tout le monde. Là encore, à la clé, du burlesque assez fou-fou. D'autant que la star du film, Baird Whitlok (George Clooney), disparaît subitement, enlevé par un groupuscule politique qui réclame une rançon pour le libérer.
On le voit, le scénario est riche. Très. Qui a dit trop ? Ah oui c'est nous... Bah oui, trop pour être fouillé. On reste souvent à la lisière des choses. Dans la caricature, donc. Cela donne au film un caractère léger, pas inintéressant, mais on est à des années-lumière des précédents films des Coen, bien plus étoffés et profonds. Reste la beauté des plans, bien réelle, et toujours plaisante. C'est devenu tellement rare...



Bilan : On peut s'en passer - Moyen - A voir - Excellent
Note : 11/20

14 février 2016

Steve Jobs fait bien le job

Biopic très théâtral, construit en trois actes, ce Steve Jobs de Danny Boyle, qui nous faisait peur sur le papier, nous a très agréablement surpris. Malin, évitant les écueils du genre, il livre un portrait subtil et intelligent du cofondateur d'Apple.


Un biopic ? Mouais... Sur Steve Jobs ? Pfff... Ce n'est pas franchement l'enthousiasme qui nous a conduits en salles. Plutôt la curiosité. On avait lu la biographie d'Isaacson, et l'avait trouvée géniale. Tellement riche, aussi. Comment en tirer quelque chose de bien ? Comment réussir à faire le tri ? Et puis on avait été échaudé par le sinistre Jobs de 2013, avec Ashton Kutcher.
Tout cela pour dire qu'on n'y croyait pas trop. Et puis voilà que, sous nos yeux, se déroule finalement un film diablement intelligent. Jolie surprise. Un biopic qui ne cède pas aux facilités du flashback. Un biopic qui n'entend pas tout dire, tout faire comprendre, bien tout baliser et passer en revue...
Merci Danny Boyle. Merci Michael Fassbender, qui incarne un très (in)humain Steve Jobs et, surtout, merci Kate Winslet, qui est une incroyable Joanna Hoffman, la directrice marketing, amie et fidèle accompagnatrice du big boss. De tous les acteurs, d'ailleurs, c'est elle qui nous a le plus marqués.

En film, très théâtral, construit en trois actes
Quand Michael Fassbender fait le Job(s)...

Bon, Jobs, Apple, Mac, pas besoin d'en faire des tonnes, l'histoire est connue. L'intérêt de ce film est dans sa construction, maligne. Trois moments clés de la vie de l'entreprise et de celle de Steve Jobs, le lancement de Macintosh, en 1984, du Cube NeXt en 1988, puis de l'iMac en 1998. Et trois constructions très théâtrales pour les mettre en scène. A chaque fois dans les coulisses, quelques minutes avant le début des "keynotes", à y suivre Jobs et tous ceux qui gravitent autour de lui.
C'est très bavard, mais prenant. On y croise Wozniak, cofondateur d'Apple avec Jobs, John Sculley (Jeff Daniels), Pdg d'Apple, ou encore Chrisann Brennan (Katherine Waterston), avec qui Jobs a eu une fille, Lisa, qu'il n'accepte ni ne reconnaît. Ces trois huis-clos successifs mêlent gentiment business (problèmes techniques de dernières minutes à régler dans l'urgence) et vie perso (les rapports, qu'on qualifiera pudiquement de difficiles, de Jobs avec sa fille).
Il est intéressant, d'ailleurs, de constater que de la famille officielle il n'est en revanche jamais question. De même qu'il est intéressant, aussi, de voir que ces moments clés sont quasi tous conclus par des échecs commerciaux cuisants. Bref, les partis pris sont nombreux et pleinement assumés. Quiconque s'attend un à biopic classique sera déçu. mais comme les biopics classiques déçoivent, nous, on est plutôt contents.

Kate Winslet, franchement éblouissante.
Si Fassbender fait le Job(s), c'est Kate Winslet qui emporte surtout l'adhésion

Il faut juste savoir où l'on met les pieds : si c'est apprendre des choses sur Jobs qui vous intéressent, prière de lire Isaacson. Si vous avez un peu de ce background, alors pas de problème : vous y suivrez avec délectation ce portrait intimiste, sans doute assez loin de la réalité, de Jobs et de sa bande. C'est du cinéma après tout, et pas une biographie.
Du coup, puisque c'est du cinéma, parlons-en un peu... On a déjà parlé de la mise en scène, avec ces trois huis-clos intelligents. On doit dire un mot de plus, aussi, de la force des dialogues, nombreux et bavards. Tellement bavards qu'on s'y perd un peu, parfois. Mais cette profusion sert le message : on est dans l'urgence d'une keynote à venir ; d'une vie que l'on brûle. Normal que cela fuse, s'énerve, s'agace, se montre cassant et hausse le ton. C'est sans cesse entre le machiavélique et le très humain, glissant de l'un à l'autre en une fraction de seconde.
Dans ce contexte, Michael Fassbender fait bien le job du Jobs. Complexe comme il faut, secret, incarnant avec justesse le concept, délicat, de génie à qui on a parfois envie de foutre des baffes. Mais, surtout, c'est Kate Winslet qui force le respect. Omniprésente, toujours dans l'ombre ou les pas de Jobs, elle est la cérébrale du film, calmant et cornaquant son génie de patron. Pour nous, de loin, c'est elle la lumière de ce film.

  

Bilan : On peut s'en passer - Moyen - A voir - Excellent
Note : 13/20

13 février 2016

The Revenant, le film qui donne des envies de reviens-y...

C'est rare que, dans un film, tout nous paraisse parfait. C'est pourtant le cas ici, avec The Revenant. Le scénario, les acteurs, la photographie surtout... Tout est beau. Un grand film.


Cette fois, si DiCaprio ne l'a pas enfin, son Oscar, c'est à désespérer... Cela dit, la valeur la plus sûre, si jamais on avait une petite pièce à miser, ce serait encore le trophée de la meilleure photographie. Là, franchement, on ne voit pas bien comment il pourrait échapper à The Revenant. Et tant qu'on y est, Inarritu en meilleur réalisateur, pour la deuxième année consécutive après Birdman, cela n'aurait rien de choquant non plus.

Trappeurs traqués

C'est dire, donc, si The Revenant est bon. Meilleur que cela, encore. Très bon. Paf, 24 février 2016, sortie en salles, fermez le ban, on tient déjà notre film de l'année, ce n'est plus la peine de continuer... Si Birdman nous avait un poil déçus, The Revenant, lui, de bout en bout, se montre parfait. Parfaite lumière, parfaite photo, parfaits décors, parfaits paysages, parfaits acteurs. Et puis parfaite histoire, aussi, tant qu'à faire.
Nous voilà dans l'Amérique, profonde et enneigée, de ce qui est aujourd'hui le Dakota. Celui du Sud, en l'occurrence, mais on s'en fout car les trappeurs qui s'échinent à faire le commerce de fourrures ont bien d'autres préoccupations que de savoir dans quel Etat ils se trouvent. Comme quoi, par exemple ? Les Indiens, par exemple, qui sont un peu chez eux, finalement, et entendent bien le faire savoir. Mais des p'tits frenchies, aussi. Bah oui, on est dans les années 1820, et la vente de la Louisiane par Napoléon n'est pas loin, encore. Tout cela pour dire qu'on a encore des trappeurs Français qui se baladent dans la neige.

Man versus wild
Tombe la neige, impassible manège.

Hugh Glass, lui, est un Ricain, un vrai. Et même qu'il est devenu un héros m'sieurs, dames. Une figure de la conquête de l'ouest. Il est avec ses potos à amasser de jolies fourrures quand soudain, tout se détraque. Les Indiens attaquent - une scène sublime pour ouvrir le film - et puis, sur le chemin du retour vers le fort Kiowa, v'là-t'y pas qu'une maman ourse un peu chafouine se rue sur le bon Hugh. De cette confrontation, un peu comme dans le combat entre le roi Arthur et le Chevalier noir, dans Sacrée Graal, on peut légitiment conclure à un joli match nul...
Hugh, presque aussi bien en point que Schumacher, est assez vite abandonné par ses camarades parce que bon, quand même, faut pas trop déconner : c'est le Far West ici, chacun pour sa gueule... Sauf que laissé pour mort, Hugh ne meurt pas. Bah oui, sinon, y aurait pas eu de film. On ne dit pas que c'est facile, hein, oulala non, mai Hugh s'en sort. Et là, en mode Rambo, ça va chier maintenant : la vengeance va être terrible.

C'est beau, hein?
Hé bien c'est comme ça tout le long.
DiCaprio en Tom Hanks des paysages enneigés

On rigole, là, on rigole, et semble prendre ça à la légère. Mais non, en fait. Le scénario est assez sublime, riche et magnifiquement exploité. C'est très humain et pas bourrin. Le tout porté par la caméra d'Inarritu, toujours posée au bon endroit.
Et puis il y a les acteurs. Oui, les, au pluriel, car en plus de Leo, il faut citer aussi Tom Hardy, en trappeur bourru. Mais Leo, donc. C'est bien simple, DiCaprio, depuis La Plage, n'a tourné que dans de grands films. Dire qu'il est bon n'est pas faire preuve d'une folle originalité. La force d'Inarritu, en fait, est de savoir tirer de lui quelque chose, sinon de neuf, du moins de fort : peu de dialogues mais une présence physique qui forge le respect. On appelle cela le charisme, je crois.
DiCaprio un peu, plus on y pense, comme Tom Hanks dans Seul au monde. Mais sublimé par un cadre idyllique. Et puis avec une complexité psychologique et scénaristique plus affirmée. 



Bilan : On peut s'en passer - Moyen - A voir - Excellent
Note : 18/20   

07 février 2016

Saint Amour, trop de retenue pour être enivrant

Cruelle déception que la nôtre, qui attendions avec ce Saint Amour un grand cru. A trop vouloir livrer un film grand-public, le duo Kervern-Delépine rate son coup. C'est très lisse et beaucoup trop gentillet pour être bon. A voir en salles dès le 2 mars 2016.


Ils n'ont pas osé. C'est terrible, mais ils n'ont pas osé... Kervern et Delépine, avec Saint-Amour, ont visiblement tourné avec l'éthylotest en main. Or, quoi de pire que des fous (c'est un compliment) qui se restreignent, se limitent à être normaux (ce n'en est plus un, de compliment) ?
On attendait un festival de mauvais esprit, un côté sale gosses hors de contrôle, défiant toutes les conventions. Quelque chose comme La Grande bouffe de la vinasse. Une ode à l'alcoolisme le plus débridé.

Quelques saillies sympathiques ne font pas un bon film

Mais a-t-on encore le droit d'être irrévérencieux aujourd'hui ? Toutes les bonnes âmes très premier degré, auto-proclamées gardiennes de la morale, leur seraient assurément tombés dessus, et ce Saint-Amour dans sa version trash, qu'on appelait de nos voeux, n'aurait pu exister.
Certes. Mais un Saint-Amour expurgé, et finalement lisse, a-t-il alors le moindre intérêt ? La réponse est... bah non, pas vraiment, du coup... Quelques saillies sympathiques, avec notamment un dialogue juste complètement dingue et hilarant entre une jeune fille paniqué par l'idée d'un déficit étatique qui sans cesse se creuse et un Depardieu se voulant rassurant, ne font pas un bon film pour autant.
De même que l'excellence de tous les acteurs, à commencer par Benoit Poelvoorde, très émouvant, ne parvient pas à sauver le tout. Oh ! ils sont attachants ces trois-là, Poelvoorde, Depardieu et Vincent Lacoste. Mais il manque de cette étincelle de folie qui nous ferait basculer dans un road trip sublime.

Trop gentillet, beaucoup trop
Poelvoorde, Lacoste et Depardieu :
un trio attachant, mais un peu trop lisse.

Bruno (Benoit Poelvoorde) est agriculteur, éleveur de vaches de son état, et grand dépressif, mal dans sa peau et dans sa vie, dans le civil. Son père, Jean (Gérard Depardieu), fait tout pour essayer de le sortir de sa torpeur. Les deux hommes sont à Paris, pour participer au Salon de l'agriculture. Jean, sérieusement, pour faire gagner son taureau de compétition. Bruno, pour y noyer son chagrin, en accomplissant, comme chaque année, sa route des vins... sans sortir des allées du salon.
N'y tenant plus, Jean embarque son fiston dans une vraie route des vins. Quitte à se torcher la gueule, autant le faire dans un cadre chatoyant... Mike (Vincent Lacoste), chauffeur de taxi, est de l'aventure lui aussi. Le trio est formé. Les paysages défilent, et les vignobles aussi. Alsace, Bourgogne, Beaujolais, Bordelais, etc.
A lire cela, on s'attend à de la plus belle et plus pure débauche. Or, rien de tout cela... Saint-Amour est au contraire empli de bons sentiments. Sur l'amitié, les rapports filiaux... Tout juste si l'on a, quand même, un joli passage sur les dix stades de l'ébriété, décrits par Poelvoorde. Le reste est très gentillet. Trop pour nous.



Bilan : On peut s'en passer - Moyen - A voir - Excellent
Note : 09/20

06 février 2016

Ce sentiment de l'été manque trop d'audace

Un avantage à Ce sentiment de l'été ? Il sort du lot. C'est loin d'être donné à tous les films... Sauf que cela ne suffit pas. Cela manque de rythme, de souffle. D'audace, aussi. En salles le 17 février 2016.


Film tout en retenue, Ce sentiment de l'été a le mérite de sortir du lot. Seulement, sortir du lot ne fait pas forcément un bon film. Pas ici, en tout cas... Mikhaël Hers, avec une approche très contemplative, lasse très vite.
Sur le papier, pourtant, c'était intéressant. Traiter de la mort d'un proche, subite, en laissant le temps à tous les protagonistes de s'en remettre. D'avaler le choc, d'abord. De se reconstruire, ensuite. Pas à pas. Comme il en va dans la vraie vie. Avec des hauts et des bas. Des bas très bas, souvent.

Manque de rythme

Mikhaël Hers filme tout cela avec tact et coeur. On ne pourra pas lui reprocher ça. Sa narration, en revanche, le rythme insufflé... C'est lent et finalement assez plat. Sans ces quelques rebondissements et/ou envolées un peu chatoyantes qui, si jamais on décroche, nous permettent d'entrer à nouveau dans l'intrigue. Ici, c'est tout ou rien.
On conçoit que ce puisse être "tout", que certains soient émus par les acteurs, le drame intérieur qui est le leur. On le conçoit, oui... mais on ne l'a pas vécu. Nous, on est passés à côté, trouvant tout un peu facile, un peu mièvre.

Et soudain, paf, la morte

Sasha, 30 ans, vit à Berlin avec Lawrence (Anders Danielsen Lie, vu dans Oslo, 31 août). C'est le parfait amour, tout va bien, merci. Sauf que paf, v'là-t'y pas qu'elle meurt, la bougresse. Ouais, comme ça, pouf, je tombe, je suis morte.
Gros drame, évidemment. Les parents, la soeur, le beau-frère, tout le monde raboule de France pour organiser les funérailles. La famille se regroupe pour surmonter l'épreuve. Mais Lawrence, lui, qui pour s'occuper de lui ? Qui pour l'entourer, le réconforter ? Ce n'est pas tant que les parents de Sasha s'en foutent, non. C'est juste que leur douleur est si grande...
Alors Lawrence traîne avec eux. C'est toujours mieux que d'être seul. Et puis il y a Zoé (Judith Chemla), la soeur de Sasha, qui lui ressemble tant... Lawrence en est troublé. Elle si vivante, Sasha si morte... Pourquoi ça, et pas le contraire ? Cela tombe bien, la soeurette se dit la même chose : pourquoi elle et pas moi ?

Trois étés successifs pour autant de bilan d'étape
Anders Danielsen Lie, après Oslo 31 août,
confirme qu'il a du talent.

Ces deux êtres en souffrance sont ainsi liés par quelque chose qui les dépasse. Le poids de l'absence. De l'absente... Mais voilà que la vie reprend ses droits. Zoé, malheureuse comme un chien, perdue, retourne en France, et laisse Lawrence à sa détresse.
Loin l'un de l'autre, ils essaient de se recommencer quelque chose. Puisqu'il le faut. On les retrouve l'été suivant à Paris et puis celui d'après à Annecy et un an plus tard encore, à New York. Le temps panse-t-il les plaies ? Pas sûr du tout... Pas autant qu'on le pense ; qu'on le voudrait.
Trois étés successifs, dans trois villes, pour autant de bilan d'étape. "ça va, toi ?" "Ouais ça va, et toi ça va ? "Ecoute, ça va ouais, et toi ?"... Bon, heureusement, on exagère. Ce sentiment de l'été est intelligemment taiseux. Comme si les mots, en pareille circonstance, étaient superflus. Les dialogues sont donc toujours succincts, et c'est là, assurément, l'élément clé du film. Tout passe par les attitudes, les regards. A ce petit jeu-là, Anders Danielsen Lie est très bon. Moins bien "utilisé" qu'il ne l'avait été dans Oslo, 31 août, mais bon quand même.

Pas assez subtil

Seulement, comme on l'a déjà vu meilleur, on ne repère finalement que les manques dans la direction d'acteurs. C'est dommage car le sujet était potentiellement fascinant. La vie, la mort. La chute et la course vers la renaissance... Comment les uns et les autres traversent-ils cela ? Le traiter avec ces nombreux non-dits, avec un minimum de dialogues, renforçait le poids du message. Sauf que pour que cela tienne la route, il aurait fallu que le jeu des acteurs soit plus subtil, plus encadré et mieux exploité. Cela reste malheureusement superficiel.



Bilan : On peut s'en passer - Moyen - A voir - Excellent
Note : 07/20

31 janvier 2016

Spotlight, une chasse bien austère aux prêtres pédophiles

Six fois nommé aux Oscars, Spotlight ne mérite pas autant d'enthousiasme. Film d'un genre très prisé aux Etats-Unis, celui de l'enquête journalistique pure et dure, il s'inscrit dans une longue lignée, sans rien réinventer. C'est propre, intéressant, mais aussi bien austère. 


Méticuleux au point de flirter avec l'austère. Spotlight fait partie de ces films sérieux qui manquent d'envolée lyrique. A trop vouloir coller à la réalité - sujet ô combien délicat de la pédophilie dans l'église catholique oblige - le film livre un récit documentaire très premier degré. C'est bien simple : le héros, c'est l'enquête, et pas les enquêteurs... Autant dire que cela manque cruellement de chair, de coeur.

Des affaires d'abus sexuels enfouies sous la soutane

Pour autant, l'enquête journalistique est plaisante à suivre. Passionnante même. Pensez donc : un réd'chef qui donne du temps à ses journalistes... De la folie pure. De la science-fiction. Il fut un temps, pourtant, où cela était encore de mise.
Cela se passe à Boston, au tout début des années 2000. Une équipe de journalistes du Boston Globe, baptisée Spotlight, remonte le fil de plusieurs décennies d'affaires d'abus sexuels enfouies sous le tapis (pour ne pas dire sous la soutane).

Ne réinvente pas le genre
Acteur vieillissant de mieux en mieux, je suis ? Je suis?

Tel prêtre, dénoncé pour des attouchements ou des viols, simplement déplacé dans une autre paroisse... Et quand on dit "tel prêtre", on devrait mettre tout cela au pluriel. Un cas en entraînant un autre, les journalistes en dénichent finalement 87. Et, donc, des milliers de victimes. Des vies détruites, sacrifiées. Des souffrances niées. Jusqu'à ce que l'article paraisse enfin. Une bombe, évidemment, qui fait tomber les têtes, et vaciller l'institution religieuse.
Ceci étant dit, Spotlight, porté par un excellent Michael Keaton, s'inscrit dans la veine des films d'enquête journalistiques "made in the US". Il s'y inscrit gentiment, sans faire de bruit, et c'est bien ce qu'on peut lui reprocher. Un peu paresseux, il ne cherche à aucun moment à réinventer le genre. Pas de quoi, donc, venir chatouiller ses grands devanciers, comme Les Hommes du président, JFK ou Zodiac. C'est propre, intéressant, pas de problème. Mais cela manque de folie. De cinéma.



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Note : 10/20

30 janvier 2016

Les Premiers, les Derniers : prometteur... et puis non, en fait

Au moins ne pourra-t-on pas reprocher à ce Les Premiers, les Derniers d'être paresseux. Par bien des aspects, ce film de Bouli Lanners sort du lot. Ce qui ne veut pas dire qu'il soit bon, malheureusement. A trop se disperser dans des voies de garages, il finit par nous épuiser. Dommage.


Des friches industrielles qui font penser à un monde post-apocalyptique... Et puis non, en fait. Un scénario dont on pense qu'il tournera vite au polar... Et puis non, en fait. Des pistes nombreuses suggérées dont on pense qu'elles seront exploitées plus tard... Et puis non, en fait. Des personnages attachants qu'on espère découvrir un peu plus... Et puis non, en fait.

Prometteur mais...

Les Premiers, les Derniers, de Bouli Lanners, c'est cela. Un film par bien des aspects prometteur, mais qui finit par tourner en rond. Pour autant, ce n'est pas inintéressant. Dans le sens où cela sort de l'ordinaire. Les plans sont souvent jolis, bien qu'un poil trop répétitifs à la longue. Le scénario est imprégné d'une atmosphère poétique qui, elle aussi, finit par lasser.
C'est dommage car, du coup, on reste à l'écart de ce film. Sans trop y croire ni, finalement, y adhérer franchement. Les acteurs, pourtant, se donnent de la peine pour nous embarquer dans l'histoire. Ils y sont tous bons, à commencer par Dupontel, Aurore Broutin et David Murgia. Mais le film papillonne trop entre différentes intrigues pour que l'on puisse suivre.

Willy (David Murgia) et Esther (Aurore Broutin),
en Adam et Eve post-modernes.
Tiens, voilà Jésus qui déboule

Cochise (Albert Dupontel) et Gilou (Bouli Lanners) sont deux chasseurs de prime, missionnés pour partir à la recherche d'un téléphone volé. Ce téléphone, c'est Esther (Aurore Broutin) et Willy (David Murgia) qui l'ont. Alors eux, comment dire... Ils sont incroyables, vraiment. Jeune couple qu'on qualifiera de simplet, mais surtout de diablement attachants, ils fuient ce qu'ils croient être la fin du monde. Ambiance La Route, de McCarthy, transposée entre Paris et Orléans, le long de la voie d'essai de l'aérotrain...

Ces deux-là, aussi purs que le furent Adam et Eve, voient débouler sur leur chemin un certain... Jésus (Philippe Rebbot). De quoi nous faire douter un instant : a-t-on affaire à un conte oniriquo-biblique avec ce Les Premiers, les Derniers ? Peut-être, oui... Mais le réalisateur, Bouli Lanners, une fois ce jalon posé, s'en va batifoler ailleurs, plongeant dans un schéma plus classique de polar.

Pour qui aime les décors de plage paradisiaque.
Epatant Dupontel

On s'y perd, alors, car cette piste nous plaisait bien. Et, sans cesse ensuite, les deux histoires se croisent et s'entrecroisent. A trop tourbillonner, nous, ça nous a donné mal à la tête. Alors on a juste regardé les jolis paysages qui se déroulent sur l'écran. Enfin jolis... Pour qui aime les friches, les champs boueux à perte de vue et le ciel gris... Les cinq-six premiers plans, on trouve ça sympa, admirant la capacité du réalisateur à poser sa caméra au bon endroit, au bon moment. Mais la répétition lasse.
Alors, malheureusement, on attend le générique de fin avec une certaine impatience. Tout en, quand même, se disant que ce Dupontel est décidément très bon, au charisme intéressant. Et en retenant, aussi, le nom de Bouli Lanners dans un coin de notre tête. Car ce gars-là, déjà repéré avec Les Géants, a du talent, cela crève les yeux.



Bilan : On peut s'en passer - Moyen - A voir - Excellent
Note : 09/20