10 mars 2012

"Les Infidèles": du bien là où ça fait mâle

En une semaine, Les Infidèles a déjà dépassé le cap du million de spectateurs. Le bouche-à-oreille est excellent et, si j'en crois la séance à laquelle je me suis rendu, les salles sont pleines. Bref, le film cartonne, c'est mérité, et ce n'est pas près de s'arrêter. Ce qui moi, pauvre blogueur, me place dans une position fort délicate. Ah! ça, pour pérorer sur Oslo, 31 août, qui n'est même pas dans le top 20 du box office, y a du monde! C'est facile d'y aller de sa petite critique! Mais là... là, devant ce qui s'annonce déjà comme le phénomène du printemps, que puis-je dire d'intelligent, moi? De mieux, de différent?
La réponse est "rien", évidemment. Mais ce n'est pas une raison pour se taire. J'ai ouvert ce blog en tout début d'année après avoir vu, courant 2011, quatre ou cinq films vraiment marquants. Dans le désordre, Incendies, The Artist, Carancho et même Polisse, dans un autre genre - un genre avec de vraies réticences dedans, à commencer par le jeu et la présence à l'écran de Maïwenn. Sans oublier, dans la catégorie des documentaires, Nous, princesses de Clèves. Des films dont je voulais parler. Que je voulais partager, garder en mémoire. D'où cette idée de blog. Pour en figer l'émotion, noir sur blanc. La garder intacte en dépit du temps qui passe. Quitte, d'ailleurs, à parfois ne plus vraiment assumer ensuite... Mettrais-je encore un si joli 15/20 à J.Edgar aujourd'hui? Pas sûr du tout.
Las, 2012 a plutôt commencé mollement. De bons petits films, mais pas de quoi sauter au plafond. Et puis heureusement est arrivé Les Infidèles, est-ce là où je veux en venir? Même pas. Ce serait un poil survendre le film, qui n'échappe pas aux écueils des oeuvres à sketchs - à savoir parfois quelques longueurs, et des baisses d'intensité en fonction du réalisateur se trouvant aux manettes. Mais Les Infidèles, avec des répliques et des scènes déjà cultes, fait partie de ces films revigorants. De ceux, rares, capables de soulever les rires de toute une salle. Et pas qu'une fois.
Les scènes mémorables sont nombreuses, depuis Jean Dujardin, en ouverture, glissant un désarmant "elle est cassée" quand sa voiture de kéké cale au feu rouge, jusqu'à la conclusion à Las Vegas, empruntant délibérément aux codes de Very Bad Trip. Entre les deux, Isabelle NantyGuillaume Canet, Manu Payet, Sandrine Kiberlain, hilarante dans le séquence des infidèles anonymes, viennent s'amuser dans le film (s'amuser, c'est vraiment le mot, tant on imagine le plaisir que tous ont dû prendre à jouer).
Quant à la polémique sur la soi-disant image dégradante de la femme donnée par le film, elle est juste ridicule. Dragueurs invétérés, obsédés par le cul et niqueurs compulsifs, Jean Dujardin et Gilles Lellouche, fils conducteur du film, avec chacun cinq rôles, sont surtout de gros bourrins, vaguement "beaufs", rarement à leur avantage. Gilles Lellouche, dans l'ensemble il faut l'avouer nettement en retrait par rapport à Dujardin, glisse même dans la pathétique quand, dans Lolita, il s'échine à essayer de suivre Inès, étudiante de bien vingt ans de moins que lui (Clara Ponsot, qui joue le rôle, est sublime). On quitte ici le potache pour porter un regard acéré sur la question des quadras cherchant, une dernière fois, à rattraper leur jeunesse qui les fuit (moi perso, je m'en fous, je n'ai "que" 33 ans, ah ah!). C'est dire si Les Infidèles est au final bien plus qu'une simple comédie franchouillarde.
Pour preuve de la qualité des Infidèles, même la BO est pas mal du tout. Avec notamment cette merveille de chez merveille: Robert Mitchum, chantant Jean and Dinah.
  

Bilan: On peut s'en passer - Moyen - A voir! -Excellent - Attention, futur grand classique.
Note: 16/20

2 commentaires:

Ada a dit…

L'infidélité ça m'interpelle évidemment (et vie d'amant pour les lacaniens) mais j'avais plutôt dans l'idée d'aller voir le dernier Lucas Belvaux (tu as vu sa trilogie, ce chef d’œuvre ?), étant donné que mes sorties ciné sont rationnées depuis que je me suis reproduite...

Jean-Noël Caussil a dit…

Je n'avais pas vu la trilogie, non. Mais j'avais vu Rapt, déjà avec Yvan Attal. Et pas trop aimé, pour tout dire. Attal est aussi dans 38 Témoins, si je ne m'abuse (ça ça veut dire que j'en suis sûr, qu'il est y est). Et je ne suis pas un grand fan de ses derniers films. La bande-annonce ne m'a guère plus convaincu, pour tout arranger. Mais peut-être me trompe-je. Ce ne serait assurément pas la dernière fois.