25 octobre 2013

"Attila Marcel" : poétique mais qui manque de féerie

Le premier film en prises de vues réelles de Sylvain Chomet, à qui on doit Les Triplettes de Belleville, ne manque pas de charme. Mais de souffle, un peu. C'est dommage car quelques scènes, avec un grain d'images sublime, méritent le détour.


Attila Marcel (qui sort le 30 octobre) est déroutant. C'est bien, en soi. Cela veut dire qu'il ne laisse pas indifférent. Tous les films ne peuvent en dire autant. En revanche, cela complique sérieusement la tâche du critique. Car si, bien sûr, on n'est jamais objectif, on l'est, avec Attila Marcel, encore moins. On entre dans le film ou on en est éjecté, il n'y a ici guère de demi-mesure.
La première demi-heure a pour moi été assez difficile, mais la suite coule heureusement toute seule, de manière assez agréable. Poétique, même. Comme un conte pour enfants, en somme. Une association d'idée évidente, tant Attila Marcel en reprend les codes. Et puisqu'on en est à ce genre de choses, c'est là qu'intervient le côté déroutant de la force. Ces contes, on a plutôt l'habitude les voir en film d'animation, et pas en film tout court.

Vieux souvenirs enfouis

Rajoutez à cela que le réalisateur n'est autre que Sylvain Chomet, dessinateur de son état, à qui l'on doit Les Triplettes de Belleville, et vous comprenez que cela fait diablement bizarre de voir tout ce beau monde s'égayer en prises de vues réelles.
Paul (Guillaume Gouix), la trentaine, vit avec ses vieilles tantes, Bernadette Lafont, dont c'est le dernier rôle, et Hélène Vincent. Un brin acariâtres et rigides, ces deux tantes veillent jalousement sur leur petit Paul, mutique depuis la disparition tragique de ses parents, quand il avait deux ans. Elles ont fait de Paul une sorte d'automate triste, à la routine terriblement réglée: piano matin, midi et soir. Dans l'espoir fou de faire de lui un virtuose.
Ah si l'ensemble du film
disposait de ce si joli grain...
Une voisine, l'excentrique madame Proust (Anne Le Ny), prend le petit en pitié. Adepte d'un flower power à la mode bouddhiste, elle l'aide, à base de tisanes maison - et de madeleines (d'où son nom) - à faire resurgir tous les vieux souvenirs enfouis, qui l'ont plombé depuis l'enfance, et empêché d'évoluer et de grandir. Paul, l'homme-enfant, part ainsi, en cachette de ses tantes, à la découverte de son passé, sa mère, Anita, et son père, Attila Marcel, catcheur de son état. Paul, en assimilant son passé refoulé, s'émancipe. Ce qui n'est pas franchement au goût de ses tantines.

Un conte pas forcément féerique

Seulement, du conte, Attila Marcel a un peu oublié le côté féerique. Le film souffre d'être trop cadré. Avec l'impression de se trouver un peu le cul entre deux chaises... On sent, et c'est dommage, que Sylvain Chomet, arc-bouté dans sa volonté de faire un film "normal", s'est auto-bridé dans ses élans. Fort heureusement, il craque à intervalles réguliers. Et c'est une sacrée bonne nouvelle, car cela permet, par intermittence, d'accéder à quelques moments de grâce.
Forrest Gump?
De quoi maintenir l'attention et, quand même, une certaine dose de plaisir. Cela tient au talent de Sylvain Chomet, qui maîtrise comme sa poche les subtilités graphiques d'une mise en scène réussie. Des décors soignés - l'appartement à moitié transformé en potager de madame Proust est assez sublime - et une caméra souvent posée au bon endroit. Les scènes rêvées et celles chantées, distillées çà et là, permettent d'insuffler un peu de fantaisie bienvenue. Elles disposent d'un grain d'image magnifique, qu'on aurait aimé pouvoir retrouver dans l'ensemble du film. On embarque alors ailleurs, dans cette féerie appelée de nos voeux.
Un plan, enfin, mérite d'être qualifié de splendide. Difficile de trop en dire sans spoiler, mais il s'agit d'une scène de "baston", chorégraphiée avec malice et filmée en ombres chinoises uniquement. Visuellement assez magique. Cela suffit-il à sauver l'ensemble? Pas forcément, mais Attila Marcel ne manque pas de charme. Principalement celui d'être hors du temps. Une manière de s'évader du présent, un peu moins de 2h durant. Dommage, juste, que le rythme du film soit trop inconstant.



Bilan : On peut s'en passer - Moyen - A voir - Excellent
Note : 10/20

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